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LECTURES PERTINENTES

La prison est devenue un lieu de dommages

Marc Alric, Philippe Aurouze et Bruno Lachnitt 
Aumôniers nationaux chrétiens des prisons

La Croix (site web) 18 mai 2026  

Aumôniers chrétiens en prison, nous sommes témoins chaque jour d’une réalité que les chiffres peinent à restituer, mais qu’il serait irresponsable de taire. Au 1er avril 2026, les prisons françaises accueillaient 88 145 personnes pour 63 353 places opérationnelles – soit une densité carcérale de 139 % et même de 171 % en maisons d’arrêt – et plus de 7 540 détenus dormaient sur un matelas posé à même le sol.

Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites

Ils désignent des êtres humains entassés dans des conditions inférieures aux normes européennes pour les chenils, et des agents pénitentiaires épuisés dans une institution à bout de souffle. Nous connaissons leur épuisement et comprenons leur exaspération.

Cette réalité, nous la vivons au quotidien

Quand les cellules débordent, quand les équipes sont à bout, quand les mouvements sont suspendus faute de surveillants, les cultes et les visites sont également affectés voire supprimés. Des personnes déjà privées de liberté se retrouvent alors privées d’un espace d’écoute, de parole, de silence, de prière. Dans un univers carcéral saturé, cette respiration n’est pas un supplément d’âme ; elle est, souvent, ce qui permet de tenir debout.


Nous ne sommes ni les relais de l’administration pénitentiaire, ni les porte-parole d’une sensibilité politique

Notre place est ailleurs : au plus près des personnes détenues, dans le respect dû à chacune d’elles, avec la conviction que l’on ne construit rien de juste sur l’indignité et l’humiliation.

Or, quand la détention devient trop dense, trop bruyante, trop instable, ce sont précisément l’attention, la confiance et la dignité qui s’effritent. La prison cesse d’être un lieu de peine pour devenir un lieu de dommages.

La surpopulation en maisons d’arrêt n’est pas une question de confort

Elle produit de la violence. Violence ordinaire entre détenus contraints à la promiscuité ; violence silencieuse faite aux personnels qui n’en peuvent plus ; violence institutionnelle qui ferme l’accès aux soins, aux parloirs, aux formations, aux cultes. À force de fonctionner en surrégime, la prison devient une peine dont on a perdu le sens. Il ne reste que la gestion des urgences dans un lieu en passe de devenir un « entrepôt humain », selon le rapport du Conseil de l’Europe de janvier 2026.

Il est paradoxal de confier aux aumôniers l’assistance morale et spirituelle dans un espace où tout concourt à rompre les liens, sans garantir les conditions minimales pour exercer cette mission.

 

La liberté de culte ne peut pas rester théorique

Elle ne peut pas dépendre du seul bon vouloir des circonstances, ni être victime de chaque regain de surpopulation. Sous les discours convenus sur le sens de la peine, c’est la peine elle-même qui perd tout sens.

Il existe pourtant des réponses, sans dramatisation ni posture idéologique

Réguler l’occupation des établissements en fixant des seuils soutenables. Recourir plus tôt et plus systématiquement aux aménagements de peine quand les profils et les situations le permettent, sans renier l’exécution des décisions de justice.

Garantir dans chaque établissement des marges de fonctionnement minimales, qui assurent non seulement la sécurité, mais aussi les activités d’accompagnement dont les cultes. Ces réponses demandent un peu de courage et une vraie volonté politique au-delà de la seule construction de places supplémentaires qui seront toujours insuffisantes si on cultive la peur et la désespérance.

Faire le pari du meilleur de l’autre est le seul chemin pour une justice qui restaure, et c’est l’intérêt de la société, à commencer par les victimes, que celles et ceux qui sortent de prison soient meilleurs qu’en y entrant. Désespérer de l’autre, c’est produire un monde invivable.
 

Aumôniers et chrétiens, il est de notre responsabilité de faire entendre une autre voix.

« L'ennui et l'enfermement, ça ne fait de bien à personne » : immersion au coeur d'un centre de rétention.
Tensions et incertitudes au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot

Cécile Lemoine

La Croix (site web) 19 mai 2026


Dans leur rapport annuel publié le 19 mai 2026, les associations qui travaillent dans les centres de rétention administrative dénoncent un recours « massif et inefficace » à la rétention des migrants en situation irrégulière. La Croix s'est rendue au centre du Mesnil-Amelot, l'un des plus grands de France.
Éclats de voix dans la cour : « Allah akbar, Allah akbar ! » « Ah, ça, c'est la libération d'un retenu qui vient de finir ses quatre-vingt-dix jours », décrypte le chef adjoint du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) en tendant l'oreille depuis le réfectoire sans âme qu'il fait visiter à la députée écologiste Léa Balage El-Mariky, ce 15 mai 2026.

L'élue a fait usage de son droit de visite parlementaire pour inspecter ce centre, situé non loin de l'aéroport de Roissy. Composé de deux unités de 120 places chacune, le site francilien forme le plus grand des 26 établissements conçus pour enfermer à « bref délai » les étrangers en situation irrégulière avant leur expulsion du territoire. Au Mesnil-Amelot, Algériens, Roumains (1), Tunisiens et Marocains sont les nationalités les plus représentées.

« Ces dernières années, différentes lois ont rendu ces délais de moins en moins brefs, et nous voulons voir comment cela affecte le fonctionnement du CRA », expose Léa Balage El-Mariky. En 2018, la loi a relevé la durée maximale de rétention à 90 jours, allongeant mécaniquement le temps que les personnes y passent : 33,4 jours en moyenne en 2025, soit un doublement par rapport à 2021 où la moyenne était de 15 jours, selon le rapport annuel des cinq associations qui interviennent en CRA, publié ce 19 mai 2026.

Diminution du taux d'éloignement

Entre les cages de foot dénuées de filet, deux hommes en viennent soudain aux mains. Une bagarre éclate. « C'est ça le CRA, commente Nour, un retenu tunisien. L'ennui et l'enfermement, ça ne fait de bien à personne. » « Plus les rétentions sont longues, plus on voit des comportements agressifs se développer, témoigne un fonctionnaire qui travaille là. On voit aussi les mêmes personnes revenir plusieurs fois par an. »

Du fait d'obstacles structurels, les expulsions n'ont cessé de diminuer. Au Mesnil-Amelot, seuls 7 % des retenus ont été éloignés depuis le début de l'année, selon le chef adjoint de ce CRA. « C'est tout ?, s'étonne Léa Balage El Mariky. On construit toujours plus de ces centres pour expulser si peu de personnes ? » L'officier de police à la carrure de rugbyman élude en faisant valoir son « droit de réserve ».

Dans leur rapport, les associations indiquent que parmi les 16 467 personnes retenues en CRA en 2025, seules 36 % ont été éloignées, contre 39 % en 2024. Les autres sont simplement libérées.

Un petit groupe d'hommes se forme autour de la députée quand celle-ci traverse la cour en direction des blocs de dortoirs. « Madame ! À quoi ça sert de mettre des OQTF (obligation de quitter le territoire français, NDLR) tous azimuts et de nous enfermer si l'administration ne peut pas nous renvoyer ? », l'aborde Souleyman, un jeune Algérien sous le coup d'une obligation de quitter le territoire après un passage en prison.

Malgré la reprise au compte-goutte des expulsions des Algériens, bloquées depuis deux ans et au programme de la visite de Gérald Darmanin à Alger le 18 mai, la situation de ces ressortissants reste dans l'impasse, alors qu'ils représentent la première nationalité placée en CRA.


Efficacité en question

En 2025, près de 134 000 OQTF ont été prononcées, et seules 11 % exécutées. À titre de comparaison, l'Allemagne a émis 55 240 OQTF en 2025, et en a exécuté 53 %. « Ces chiffres traduisent l'incohérence et l'inefficacité du recours accru à l'enfermement en France, qui ne permet pas d'aboutir à l'augmentation des éloignements », estime le rapport.

La situation juridique de chaque retenu du centre est suivie sur de grands tableaux blancs dans la salle du greffe central. « J'ai plein de TOP (trouble à l'ordre public, NDLR) », lance le chef adjoint avant d'expliquer : « Près de 40 % des retenus sont envoyés ici après un passage en prison, car les préfectures jugent qu'ils peuvent présenter une menace à l'ordre public. »

La politique engagée depuis 2023 vise la création de 3 000 places en plus d'ici à 2030 et la création de nouveaux centres notamment à Mérignac, Nantes, Béziers, Dijon ou Dunkerque. En 2024, la Cour des comptes a estimé le coût moyen d'une journée de rétention à 602 €. Un montant en constante augmentation et non négligeables pour une politique à l'efficacité discutable selon les Sages. « En termes de deniers publics, cela représente un « pognon de dingue », regrette Léa Balage El Mariky en quittant le CRA. Tout cela alors même que l'efficacité de ces politiques pose question. »


(1) Les Roumains, membres de l'UE, peuvent entrer librement en France, mais doivent disposer d'un titre de séjour s'ils y restent plus de trois mois. 

Peine de mort : le nombre d'exécutions augmente de 78 % et atteint un record depuis 1981

Camille Fauqueur 

La Croix (site web) 18 mai 2026 


Dans son rapport annuel sur la peine capitale, publié ce lundi 18 mai, Amnesty International recense 2707 exécutions dans 17 pays différents en 2025. Une écrasante majorité des condamnations à mort décomptées l'ont été en Iran.


2707 personnes exécutées en un an

C'est ce que dénombre le rapport Condamnations à mort et exécutions 2025, publié ce lundi 18 mai par Amnesty International. Dans le monde, le recours à la peine capitale a atteint, sur l'année passée, son niveau le plus haut depuis 1981, année où l'ONG a commencé à enregistrer ces données.

L'application de la peine capitale marque une hausse vertigineuse de 78 % par rapport à 2024, due à une « poignée de gouvernements déterminés à régner par la peur », dénonce Amnesty dans son rapport. En 2024, 1 189 personnes de moins avaient été victimes de la peine capitale.

Un doublement des exécutions en Iran

Si 17 pays ont pratiqué la peine de mort en 2025, une écrasante majorité des condamnations décomptées l'ont été en Iran. « La peine de mort est utilisée comme un outil de terreur par le régime, explique Anne Denis, responsable de la commission abolition de la peine de mort à Amnesty International. En 2025, on a vu une large augmentation après la guerre des 12 jours. Cela a été utilisé comme une réponse pour faire peur aux gens et dire "si vous manifestez suite à la guerre, voilà ce qui vous attend". C'est un outil politique. »

À lui seul, le pays a concentré 2159 exécutions sur l'année : plus du double de 2024, un niveau qui n'avait jamais été atteint depuis 1981. Mais l'ONG alerte : c'est bien en Chine qu'a été exécuté le plus grand nombre de personnes, « plusieurs milliers », selon le rapport. Un phénomène dont il est toutefois impossible de connaître l'ampleur, ces données étant classées secret d'État par Pékin. De la même façon, les chiffres de la Corée du Nord, où Amnesty International « estime que le recours à la peine de mort a été massif », n'ont pas été publiés.

Au total, ce sont 17 pays qui ont appliqué la peine capitale en 2025, dont quatre - les Émirats arabes unis, le Japon, le Soudan du Sud et Taïwan - ayant repris après une interruption. Ils rejoignent un groupe d'États « déterminés à exécuter des personnes coûte que coûte, en dépit de la tendance mondiale qui se poursuit en faveur de l'abolition », regrette Agnès Callamard, la secrétaire générale d'Amnesty International. Dans la majeure partie des cas, ces exécutions se font par balle ou par pendaison. Parfois, la peine de mort sert à contrôler les minorités. « En Arabie saoudite, par exemple, le pays est sunnite donc les chiites sont plus visés par les exécutions », détaille Anne Denis.

Les condamnations liées aux stupéfiants en hausse

Parmi les exécutions recensées, près de la moitié est liée aux stupéfiants, détaille l'ONG. Une violation du droit international qui prévoit, lui, que la peine capitale soit réservée aux crimes les plus graves, tels que l'homicide volontaire. En Iran seulement, 998 personnes ont été exécutées pour une peine liée aux stupéfiants. « Ce ne sont pas les gros trafiquants, mais souvent les dealers ou passeurs, les petites mains », précise Anne Denis. L'Arabie saoudite en recense, elle, 240. Ces condamnations ne semblent pas sur le point de s'arrêter, alerte l'ONG : les autorités d'Algérie, du Koweït et des Maldives ont également adopté des mesures législatives visant à élargir le champ d'application de la peine de mort pour ce type d'infraction.

Certains autres États élargissent également la peine de mort à d'autres motifs

Au Burkina Faso, le gouvernement a adopté un projet de loi portant notamment sur une modification du code pénal, afin de rétablir la peine capitale pour des infractions telles que la « haute trahison », le « terrorisme » et les « actes d'espionnage ». Au Tchad, une commission chargée d'étudier toutes les questions liées à la peine de mort, y compris son rétablissement, a été mise en place.

113 pays ont aboli la peine capitale

« L'espoir est plus fort que la peur », veut croire Amnesty International dans son rapport, en s'appuyant sur des chiffres plus rassurants : aucune exécution ni condamnation à mort n'a été recensée en Europe et en Asie centrale. À ce jour, dans le monde, 113 pays ont aboli la peine capitale.

Au Liban et au Nigeria, des textes visant à cette abolition ont été présentés tandis qu'au Kirghizstan, la Cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnelle une tentative de rétablissement de la peine capitale. De quoi se rassurer, après un constat aussi sombre. Des progrès restent toutefois à faire : fin 2025, 25 508 personnes se trouvaient sous le coup d'une condamnation à mort à dans plus de 45 pays différents. La semaine passée, deux détenus ont été exécutés aux États-Unis.

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